Les Arêtes de Poisson

  • 16 Septembre 2018

Les Journées Du Patrimoine, c'est fini. Et comme Les Arêtes de Poisson ne seront jamais ouvertes au public, nous vous proposons de vous en faire une petite visite même si elle n'est que virtuelle.

 

D'abord, qu'est-ce que c'est ? Les Arêtes de Poisson, aussi appelées ADP, sont un ensemble de galeries souterraines situées sur le flan Est de la colline de la Croix-rousse à Lyon, constitué de 32 galeries, toutes longues de 30m, réparties symétriquement de chaque côté d'un tunnel principal. Vu d'avion, cela ressemble donc à des arêtes de poisson.

 

Bon nombre de Lyonnais ignorent jusqu'à leur existence, et la Ville de Lyon n'a jamais entrepris de véritables recherches, ne semblant même pas désireuse d'en savoir plus à leur sujet, bien qu'aucune construction équivalente n'ait été trouvée dans le monde.

Nous ignorons quand ces galeries ont été construites exactement, par qui et quelle était leur fonction. Ce que l'on sait, c'est qu'elles ont été découvertes accidentellement par les Services Techniques de la Ville de Lyon en 1959 à cause d'un affaissement de la chaussée.

 

À leurs pieds, un puits de plus de 30 mètres de profondeur les a guidés jusqu'à ce mystérieux réseau.

Contrairement à de nombreux souterrains, celui-ci se démarque par sa taille et par sa maçonnerie : des couloirs de près de 2m de large par 2,20m de hauteur, des marches entre chaque palier desservant les arêtes de plus de 1m de haut, le tout soigneusement paré de pierres taillées.

 

Après avoir consolidé et sécurisé le réseau, les Services Techniques ont pu explorer plus attentivement le réseau et ont rédigé un rapport interne.

Très peu d'archives existent, mais dans l'une d'elle est mentionnée la découverte de fragments antiques, notamment d'une demi-couronne de laurier en bronze, et surtout une quantité importante d'ossements humains dans l'une des galerie, représentant 5m3 de volume, soit environ 200 personnes.

 

Malheureusement, aucune analyse n'a été faite, et un autre rapport nous fait savoir que les Services Techniques de la Ville ont eu pour instruction de laisser les ossements à leur emplacement, et de murer ce tronçon de galerie. Les ossements gisent-ils encore derrière ce mur ? Nous ne le saurons peut-être jamais.

 

En dessous de cette "colonne vertébrale" communiquant avec chaque arête, une autre galerie suit exactement le même tracé, mais est dépourvue d'arêtes. En revanche, des puits situés à intervalle régulier la relient avec la galerie supérieure.

À quoi donc servait ce réseau ? Nous ne rentrerons pas dans les détails mais de toute évidence, ce n'était pas un tunnel de drainage, ni une carrière, ni ayant le rôle de citerne, ni pouvant servir de refuge à des personnes. L'hypothèse la plus probable est qu'il aurait pu être une construction militaire ou être utilisé comme zone de stockage, mais dans ce cas, pour stocker quoi ?

 

Il est également impossible de savoir jusqu'où allait exactement la colonne vertébrale inférieure puisqu'avec la montée du niveau du Rhône, une partie est à présent immergée.

 

Toujours est-il que de l'autre côté du Rhône, juste en face, commencent les galeries nommées les Sarrazinières. De maçonnerie identique, d'origine inconnue elles aussi, elles sont presque complètement détruites aujourd'hui, mais elles s'étendaient sur 13km jusqu'à Miribel, sur les terres ayant appartenu au 13è Siècle à Guillaume de Beaujeu, maître de l'Ordre du Temple. Simple coïncidence ?

 

Beaucoup de questions entourent ces arêtes, et peut-être n'aurons-nous jamais de réponse... En attendant, si vous souhaitez en apprendre plus à leur sujet, mais aussi sur les templiers et la Franc-maçonnerie à Lyon (et leurs liens étranges avec les Arêtes de Poisson), nous ne pouvons que vous recommander l'excellent livre de Walid Nazim, "L'énigme des Arêtes de Poisson", en vente dans certaines librairies, ou sur la Boutique d'Urbex.me.

 

Revenons à la question d'ouvrir ces galeries au public... Aujourd'hui les points d'entrée ont été condamnés et n'étaient pas sans risque, il faudrait alors aménager des entrées accessibles à tous, permettre des issues de secours, éclairer le réseau car il est dans le noir complet... et finalement nous nous retrouverions avec un ouvrage ressemblant aux couloirs du métro. Alors peut-être vaut-il mieux laisser ces arêtes ainsi, interdites, avec leur mystère bien enfoui sous la colline... c'est aussi ce qui fait leur charme non ?

 

Commentaires

Merci, mais surtout un immense merci à celui qui a rendu cette explo possible :)

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